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Le Clou dans la planche (journal internet), Toulouse - février 2009

Perle à rebours

Production à grand spectacle avec "Vent divin", qui retrace au théâtre du Grand Rond un épisode méconnu d'une histoire très connue.

Parenthèse culturelle liminaire... Naturellement désorienté par les langues orientales, le Français moyen soupçonnera peut-être dans "Vent divin", que présente la compagnie Ultrabutane au théâtre du Grand Rond, quelque éloge malvenu de la flatulence. Erreur compréhensible mais ô combien déplacée, puisque l'expression rappelle le souvenir du typhon qui, en 1274, balaya dans la baie de Hakata les troupes de Kubilai Khan s'apprêtant à envahir le Japon. Plus près de nous, le Pays du Soleil Levant baptisa ainsi le corps d'aviateurs destiné à s'abattre, au sens propre, sur les unités navales américaines du Pacifique à partir de l'été 1944 : kamikaze, littéralement "le vent des dieux". Fin de la parenthèse culturelle liminaire.

"What the hell !"

Divin ou pas, le folâtre zéphyr qui souffle sur la scène du Grand Rond tient plus du vent de folie que de la brise légère et résiste autant qu'il peut à la description. Dans un décor limité à son absence, la superproduction d'Ultrabutane accumule ainsi en guise d'accessoires un cerceau en plastique, une chaise de bois et un tube de Pento, la célèbre graisse à cheveux, un battle à bretelles sur croquenots et grosses chaussettes en guise de costume d'époque et un unique comédien au titre du casting. Ce qui, somme toute, suffit bien tant ce dernier met de cœur à camper alternativement, et parfois même presque simultanément, une foule de personnages parmi lesquels on remarquera plus particulièrement : le comédien jouant son rôle ; le lion de la Métro Goldwyn Mayer (sur musique de la Twentieth Century Fox) ; deux Japonais au moins, dont un seppuku (trad. hara-kiri) recousu et, donc, un kamikaze ; le capitaine bancal d'un sous-marin allemand ; un sous-officier US à chewing-gum et accent ; du côté d'en France et réciproquement, comme aurait dit Pierre Dac, un Résistant, un collabo et un Juste parmi les Nations.

Le plus obtus des ignares n'aura aucune peine à distinguer les principaux protagonistes du drame malgré l'absence de dialogues intelligibles comme du reste et l'unicité du comédien. Le Jap' ne connaît de parole humaine que "Zoi I", l'Allemand "Schulz !" et l'Amerloque "What the hell !" Le premier clabote en Zeke, ou en Zéro si vous préférez, le second barbote en Unterseeboot, le dernier ballotte en General Purpose Vehicle — GP ou Jeep à votre gré. Ici courbette, là pas de l'oie, tandis que côté mode capillaire s'affrontent raie au milieu, mèche plaquée et houppe érectile. Et tout ce petit monde de vivre sa très, loufoque vie guerrière, jusqu'à ce que l'Histoire et le Destin les réunissent pour un affrontement dont la violence absurdo-comîque devra être épargnée aux âmes cartésiennes et/ou mélancoliques. Pub.

"Pendant ce temps, en France..."

Venus de la rue - entendez du théâtre de rue — Cécile Bernot, co-auteure metteure en scène, et David Jonquières, comédien et coauteur, ont fondé cette création à (très) grand spectacle sur quelques principes simples, deux au total : moyens minimums, comédien maximum.
Rien de plus, mais qui fait tout : pas de décors, on l'a compris, ni de lumières ni de bande-son, ou tout cela à la fois mais réalisé en Vive avec les moyens du bord (tête, bras et jambes pour l'essentiel), l'air du temps et l'imagination du spectateur, excitée au-delà du concevable par l'énergie débordante, les mimes, mimiques, torsions et contorsions d'un David Jonquières atteint de mouvement perpétuel.
Qui, pour autant, ne perd jamais le fil de son délire historicomique, pas plus qu'il n'en oublie le moindre détail - et les détails comptent, tant les effets s'appuient sur le minuscule comme sur le gigantesque. Ainsi le spectateur attentif note-t-il, pas tellement surpris après les ronds de fumée germaniques en forme de svastika, que le kamikaze se signe avant l'attaque comme chrétien à la messe. Erreur ? Eh non... Pour la suite, voir sur place. Le résultat tient du Tex Avery sonorisé en grommolo sans sous-titrage, d'un "Iwo Jima" (Allan Dwan, 1949) réduit à une heure de temps par le défilement accéléré de la bande, d'un bon Monty Python oublieux du quant-à-soi britannique et du documentaire animalier tourné par un vidéaste fauché fourré à la coke, avec interlude et insertion publicitaire.
Qu'en dire de plus ? Evoquer une écriture simple et profuse, plus subtile qu'il n'y parait ? Sans doute. Une performance d'acteur ? Indéniablement. Un public rugissant de rire ? C'est un fait "Vent divin" est une perle qui prend l'histoire en marche, à la hussarde et à rebours, l'Histoire avec un grand coup de hache, telle qu'on ne l'apprend jamais dans les livres et c'est bien dommage : "Les aubergines de ma grand-mère sauce gribiche ont tourné." The end jusqu'au prochain épisode...

Jacques-Olivier Badia


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Photo Olivier Badia


De Cécile Bernot et David Jonquières / Cie Ultrabutane 1214.
Mise en scène : Cécile Bernot. Interprétation : David Jonquières.






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Photo Olivier Badia



 

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